C’est l’appel du 22 mars 2025 de Amal Bentounssi qui s’appuie sur la commémoration des mouvements populaires de 2005 et 2018, avec d’abord la révolte des banlieues puis celle des gilets jaunes. Leurs points communs ? ce sont des révoltes nées des situations insupportables faites à la population et qui furent toutes deux réprimées dans le sang. Ce qui les dissocie ? Elles sont séparées dans le temps et compartimentées dans leur espace social respectif, les « racisés » d’un côté et les « petits blancs » de l’autre.
En écho à cet appel national, le collectif « faire bloc, faire peuple » de la Drôme a organisé un évènement le 11 octobre 2025 avec des intervenants locaux et nationaux qui a réuni un public de 200 personnes ; La qualité des interventions, la qualité des débats qui ont suivi, l’enthousiasme des gens réunis ce jour-là, le nombre de participants, le fait qu’on nous en parle encore aujourd’hui témoignent, outre du succès de l’évènement, surtout du fait que cela correspond à un besoin ici, au cœur de la Drôme.
Depuis le 11 octobre, il y a eu les élections municipales qui comportaient un enjeu de taille ; faire entrer la gauche de rupture dans les conseils municipaux et prendre des mairies, afin de permettre enfin une réponse aux deux blocs populaires du pays. En tant que collectif « faire bloc faire peuple », il n’est pas question de faire comme si les luttes ne devaient pas avoir une continuité dans les élections. Notre objectif d’unir les deux blocs populaires du pays, doit se matérialiser dans toutes les élections. Pour atteindre la victoire de nos luttes, nous assumons de dire que c’est en toute conscience et stratégie que nous soutenons la seule force de gauche de rupture en capacité d’aboutir à ces victoires. La dynamique est allée dans ce sens puisque LFI a pris la tête d’une dizaine de communes dont au 1er tour St Denis en région parisienne ainsi que la Courneuve, Creil, belle victoire aussi pour LFI à Roubaix ou encore au Tampon, mais plus près de nous, n’oublions pas Vaulx en Velin et Vénissieux. Ces victoires sont bien celles d’une gauche de rupture, par le programme défendu et mis en place mais aussi du fait qu’elles ont porté à la tête de ces communes des enfants issus du peuple et/ou issus de l’immigration. Le tsunami de propagande mensongère, raciste, négrophobe, islamophobe qui a immédiatement suivi ces victoires n’a rien dit de la réalité des habitants de ces communes, du programme et des personnalités élues, mais tout de l’état de déliquescence, pour ne pas dire de pourrissement, du niveau de l’information et du niveau du débat public dans les grands médias.
Dans la Drôme, force est de constater qu’électoralement parlant, la droite reste solide et ancrée. Les plus grandes villes sont toujours aux mains d’une droite dure, souvent très perméable aux thèses d’extrême droite (ex de Valence, de Romans ou de Bourg les Valence, Porte les valence…). Malgré un taux de pauvreté parmi les plus élevés du pays, des disparités sociales, des projets écocides, des suppressions d’emploi…
Ces résultats contrastent avec les scores faits par LFI lors d’enjeux nationaux comme les présidentielles puisque JLM est en tête du 1er tour à Valence avec un score de 29.30% (progressant de 7 points par rapport à 2017), il est 3ème au niveau du département et gagne 2.3 % par rapport à 2017 (score de 22,39%).
Il existe pourtant une force politique réelle de rupture dans ce département, force qui s’exprime électoralement mais aussi au travers des luttes qui sont menées ;
Rassemblements hebdomadaires pour la Palestine à Valence et la marche pour Gaza en juin 2025, les manifestations anti fascistes et anti racistes de 2024 à Romans et début 2025 à Montélimar, le « bloquons tout » du 10 septembre 2025, le rassemblement d’octobre 2025 contre l’acharnement islamophobe subi par l’école Valeur et réussite, les luttes environnementales comme à Peyrins contre un élevage intensif de poulets ou à St Peray contre la déviation, la lutte menée contre les politiques sanitaires à l’appel de la Confédération paysanne le 17 décembre 2025, les luttes sociales avec par ex Polytechnyl à Valence qui a fermé ses portes fin mai mettant 88 salariés au chômage (*), le « non à la guerre », des luttes contre les fermetures de classes, etc….
Cette ébullition permanente n’est pas due au hasard mais trouve sa source dans la prédation toujours plus implacable exercée par le capital. Prédation qui s’exprime dans toutes les composantes de notre société sous la forme d’un soutien à une guerre coloniale et à un génocide, d’une domination coloniale (Nouvelle Calédonie et les prisonniers politiques kanaks retenus en métropole), d’un racisme systémique, de politiques environnementales catastrophiques, de l’effondrement démographique de la paysannerie, du flicage social contre les chômeurs, de la répression et des violences policières contre les mobilisations, de la destruction des services publics et de l’austérité pour le monde du travail, le tout sur fond d’économie de guerre et de son corollaire ; l’accroissement de la pauvreté et de la précarité. L’insécurité sociale s’est considérablement aggravée, le taux de pauvreté atteint 15,4% qui est selon OXFAM, le niveau le plus élevé depuis 30 ans.
Dans ce contexte fascisateur, si nous parlons des élections, c’est parce qu’elles sont un levier de la rupture, mais cela à 2 conditions :
- Il faut les gagner
- Il faut maintenir le cap une fois la victoire obtenue
Les 2 conditions sont notre affaire à toustes, s’agissant de les gagner, nous voyons que la campagne est partie et que nous commençons toustes à faire le travail là où nous sommes et à notre niveau.
Bien sûr nous ne sommes pas à l’abri d’un échec électoral auquel il faut aussi nous préparer car il entrainerait des conséquences immédiates sur notre manière de résister mais finalement se préparer à gagner, c’est comme se préparer à perdre car pour maintenir le cap de la rupture en cas de victoire, il faudra inévitablement que le peuple entre en résistance.
En effet, suite à la victoire de LFI dans plusieurs villes aux élections municipales, nous avons touché du doigt un échantillon de la force prête à se déchaîner contre « Nous » (les blocs populaires des quartiers populaires et des gilets jaunes). Si La France Insoumise gagne en avril 2027, ils vont s’acharner contre le pays, ils vont menacer et exécuter, ils vont mentir, détruire, ça va tomber comme à Gravelotte. Que faire contre ça ?
Utiliser tous nos outils là où nous sommes dans le but d’abord de prévenir tout le monde, tout en ne laissant pas le fatalisme envahir les esprits. Ce qui va arriver est, sinon normal, du moins logique. En effet, comment imaginer que des prédateurs aussi cupides et dévastateurs que les néo libéraux au pouvoir acceptent sans broncher de se laisser – non pas dépouiller – mais prélever une petite partie de la richesse qu’ils ont confisquée à d’autres sans parler de la souveraineté qui retournerait au peuple ? Impossible. Il faut donc s’attendre à devoir lutter encore, la résistance ne devra surtout pas s’arrêter au soir de la victoire électorale au risque de se prendre un retour de flamme.
Utiliser tous nos outils là où nous sommes. FBFP en est un dans la Drôme. Il doit lui aussi entrer en campagne. Ce collectif a commencé à vivre il y a un an, il doit poursuivre sur sa voie de l’antifascisme, l’anticolonialisme, l’antiracisme et l’anticapitalisme au moyen du rassemblement des barbares et des beauf sur des bases claires et participer, par les évènements qu’il organise, à faire que ce bloc populaire existe, soit mobilisé, impliqué, connu et reconnu.
(*) Tout n’est pas perdu cependant, la lutte continue puisque d’anciens cadres de Polytechnyl lancent un projet pour sauver l’usine. A lire ici
