StreetPress révèle dans un article publié le 30 juin 2026 qu’Erik Tegnér, fondateur et directeur du média d’extrême droite Frontières, a signé un contrat avec le Danube Institute, un think tank hongrois proche de Viktor Orbán, pour 4 200 euros par mois.
Sa mission ? Promouvoir les discours du pouvoir hongrois en France, en ciblant des médias influents comme Le Figaro, Marianne, Le Point ou Valeurs actuelles. Ce contrat, révélé dès 2024 par Télérama, a été obtenu par StreetPress en collaboration avec Hope Not Hate, une ONG britannique spécialisée dans la lutte contre l’extrême droite.
Un financement étranger pour un média français :
Le document, signé en juillet 2021 via une société hongroise créée par Tegnér lui-même (Morphea Partners), montre que cet argent a financé les débuts de Livre noir, le média précurseur de Frontières. Selon un ex-collègue, Tegnér aurait utilisé ces fonds pour couvrir des dépenses initiales : matériel, loyer et premiers salaires.
Pourtant, Tegnér minimise aujourd’hui ce contrat : il évoque une rémunération de 2 000 euros, puis de 1 500 euros sur six mois (« pas loin de 10 000 euros »), niant tout lien avec Livre noir. Pourtant, un mail d’octobre 2020, obtenu par StreetPress, confirme le contraire : Tegnér y détaille les projets internes de Morphea, dont le lancement de Livre noir en novembre 2020.
Une influence orchestrée depuis Budapest :
En 2021, Tegnér organise même une conférence à Budapest avec des figures de l’extrême droite française, comme Marion Maréchal et Éric Zemmour, validée par Balázs Orbán, proche conseiller de Viktor Orbán. Une manière pour le Premier ministre hongrois de montrer que l’extrême droite européenne se mobilise sous son égide, un sujet déjà sous surveillance des services de l’État français, selon un connaisseur cité par StreetPress.
Plusieurs élus dénoncent cette ingérence étrangère :
Manuel Bompard (LFI) : « Il est inacceptable qu’un dirigeant étranger finance des propagandistes pour propager son idéologie nauséabonde. »
Pouria Amirshahi (écologiste) : « Ce n’est pas du journalisme, c’est de la propagande. Un média ne peut être à la fois un contre-pouvoir et un relais d’influence. »
Éric Bothorel (Renaissance) : « Au moment du contrat, il agit très clairement pour le compte d’intérêts étrangers. »
Un média sous pression :
StreetPress, souvent ciblé par des menaces, intimidations et procédures judiciaires pour ses enquêtes sur l’extrême droite, rappelle que son travail est essentiel pour la démocratie. « Les menaces ne nous arrêteront pas. Votre soutien nous permet d’enquêter », lance le média, qui publie en accès libre.
Pour aller plus loin :
Consulter le contrat révélé par StreetPress : https://www.streetpress.com/1782749946-contrat-prouve-erik-tegner-agissait-comme-agent-influence-pouvoir-hongrois-extreme-droite-viktor-orban-frontieres-media/
Enquête de Télérama sur le Danube Institute : https://www.telerama.fr/debats-reportages/enquete-qui-est-erik-tegner-figure-trouble-de-l-extreme-droite-qui-veut-detroner-valeurs-actuelles-1011-7025141.php
Rapport parlementaire sur les ingérences étrangères (2023) : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/16/rapports/ceingeren/l16b1311_rapport-enquete
