Le conseil municipal de Valence a adopté, en conseil du 22 juin 2026, et à la majorité absolue, un vœu reprenant les grands axes de la loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles, portée par les associations féministes.
Malika Kara-Laouar, membre du groupe Gauche Écologiste et Populaire / LFI, qui avait proposé pour son groupe un vœu en ce sens, a toutefois regretté que le terme « loi intégrale » ne figure pas explicitement dans le vœu adopté, bien que celui-ci « reprenne les principales revendications : renforcement des moyens alloués aux victimes, prévention systématique dans les écoles, formation des agents municipaux et mobilisation pour un financement national. »
Un revirement surprenant sur le terme « loi intégrale »
Dans un premier temps, le maire Nicolas Daragon semblait favorable à l’inclusion explicite du terme « loi intégrale » dans le vœu. Cependant, son adjointe au budget, Christine Priotto (ancienne maire PS de Dieulefit), est intervenue pour s’y opposer, invoquant un argument surprenant : « Cela ne fait pas l’unanimité dans les groupes à l’Assemblée nationale ». Cette intervention a conduit à la suppression du terme du texte final, limitant ainsi la portée symbolique du vœu adopté.
Chaque année en France, 160 000 enfants et plus de 100 000 femmes sont victimes de violences sexuelles, un phénomène « de masse aux conséquences dévastatrices ». Les auteurs du vœu initial dénonçaient un « système judiciaire sous-financé et sous-équipé », illustré par des chiffres alarmants : 94 % des affaires de viol classées sans suite, seulement 1 % de condamnations des violeurs, et des délais moyens de 77 mois entre une plainte et la clôture d’une procédure. Le manque criant de moyens humains et financiers (juges, procureurs, personnels administratifs) était pointé du doigt, tout comme l’absence de volonté politique pour appliquer des solutions existantes.
La loi intégrale, portée par les associations et les familles de victimes, propose 140 mesures concrètes pour :
- Réparer : en renforçant les moyens alloués aux victimes (psychologues, enquêteurs, magistrats).
- Protéger : en améliorant la détection précoce et la prise en charge des signalements.
- Empêcher : en luttant contre la culture du viol, via l’application effective de la loi de 2001 sur l’éducation à la vie affective et sexuelle (EVARS), avec trois séances annuelles obligatoires à l’école, et la sensibilisation des professionnels (écoles, clubs sportifs, entreprises, médias).
- Sanctionner : en garantissant une justice rapide et efficace, avec des moyens humains et matériels suffisants.
L’absence remarquée du député PS Paul Christophle
Lors du vote, le député PS Paul Christophle, membre du groupe d’opposition « Réunir Valence », n’était pas présent : il a quitté la salle au bout d’une heure, laissant son fauteuil vide. Son absence a été notée, sans que cela n’affecte l’adoption du vœu à la majorité absolue.
Une victoire symbolique en demi-teinte
Si le terme « loi intégrale » ne figure pas dans le vœu adopté, celui-ci en reprend les grands éléments, selon Malika Kara-Laouar (GEP/LFI). La ville de Valence s’engage désormais à :
- Relayer le voeu adopté auprès des instances nationales.
- Renforcer les actions de prévention dans les écoles, associations et espaces publics, en collaboration avec les acteurs locaux.
- Former ses agents municipaux (animateurs, éducateurs, policiers municipaux) à la détection et à la prise en charge des violences sexuelles.
- Accueillir et accompagner dignement les victimes, en partenariat avec les structures spécialisées.
- Demander au gouvernement le déblocage des 3 milliards d’euros nécessaires à une politique publique ambitieuse, incluant le recrutement de magistrats, enquêteurs et personnels administratifs, ainsi que le développement de plateformes d’écoute et de signalement.
Une étape, mais pas une fin
Pour les élus.es ce vote marque une étape importante, mais « la meilleure victoire contre les violences sexuelles n’est pas une condamnation, mais une violence qui n’a pas eu lieu », comme le souligne le mouvement #MeToo, qui a permis une hausse de 300 % des plaintes déposées depuis 2017. Reste à voir si cette mobilisation locale inspirera d’autres collectivités et, surtout, si l’État répondra à l’urgence financière et politique exigée par les signataires du vœu.
Un appel à la mobilisation le 4 juillet
La Coalition féministe et enfantiste pour une loi intégrale contre les violences sexuelles, qui regroupe les associations à l’origine de ces revendications, lance un appel à marcher partout en France le 4 juillet, afin de réclamer l’inscription à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale d’une véritable loi-cadre intégrale, ainsi que les 3 milliards d’euros nécessaires à sa mise en œuvre. Selon cet appel de la coalition, deux rassemblements sont notamment prévus dans la Drôme :
Valence : rendez-vous à 11h, place Porte-Neuve
Romans-sur-Isère : rendez-vous à 9h30, au Canopée
