La municipalité de Portes-lès-Valence vient de franchir un cap en instaurant un couvre-feu pour les mineurs de moins de 18 ans non accompagnés, une décision présentée comme une réponse aux “nuisances” et aux “incivilités” croissantes dans l’espace public. Annoncée ce jeudi soir via un communiqué publié sur les réseaux sociaux, cette mesure, applicable de 23 heures à 6 heures dans les parcs, places, parkings et voies publiques de la commune, entrera en vigueur dès à présent et jusqu’au 31 juillet 2026. Une durée qui pourrait être prolongée, selon la mairie, « aussi longtemps que les circonstances l’exigeront ».
Un week-end de trop ? La mairie justifie l’urgence par une escalade des tensions
Dans son communiqué, la municipalité pointe une multiplication des “nuisances”, des “incivilités” et des “atteintes répétées à la tranquillité publique” ces dernières semaines, avec un pic de gravité qualifié d’inédit” lors du dernier week-end. Une rhétorique qui rappelle les discours sécuritaires souvent brandis en période électorale ou sous pression médiatique, sans pour autant apporter de solutions structurelles aux problèmes sociaux sous-jacents.
Une mesure punitive ou une réponse à l’abandon des politiques de jeunesse ?
Si la mairie évoque une décision radicale, elle reste muette sur les causes profondes de ces tensions : précarité, manque d’espaces de loisirs, déscolarisation, ou encore absence de politiques publiques ambitieuses pour les jeunes des quartiers populaires. Plutôt que de renforcer les moyens éducatifs, sociaux ou culturels, cette mesure stigmatise une fois de plus les mineurs, souvent issus de milieux défavorisés, et renforce une logique de contrôle policier plutôt que de prévention.
Vers une généralisation des politiques répressives ?
Cette initiative soulève une question plus large : les couvre-feux pour mineurs sont-ils vraiment la solution, ou simplement le symptôme d’un État qui abandonne ses responsabilités ? Dans un contexte où les services publics se réduisent comme peau de chagrin et où les inégalités sociales s’aggravent, cette mesure interroge. Faut-il vraiment criminaliser la jeunesse pour masquer l’absence de projets collectifs ?
Réaction des élus d’opposition de Portes Citoyenne et Solidaire :
Portes Citoyenne et Solidaire a réagit via un communiqué de presse.
Pour le groupe de Gauche, cette mesure est hâtive, mal pensée et injuste. La mairie a préféré informer la presse avant les habitants et les associations, ce qui en dit long sur son manque de transparence.
Cibler tous les mineurs est une sanction collective disproportionnée. Un enfant de 10 ans et un jeune de 17 ans n’ont rien à voir ! Et comment justifier qu’un groupe de lycéen·ne·s doive quitter un concert avant la fin pour rentrer chez eux avant 23 heures ?
Plutôt que de supprimer les éducateurs spécialisés, qui encadraient les jeunes, la mairie préfère une solution répressive et inefficace. Où est la concertation avec les associations locales, pourtant essentielles pour apaiser les tensions ?
Pour une vraie sécurité, il faut plus de policiers de proximité, des effectifs renforcés et le poste de police de la rue Pierre Semard ouvert en permanence. Pas un couvre-feu qui stigmatise toute une jeunesse.
